Conservation des formes buvables et pédiatriques

Les premières gelées s’accompagnent des premières pathologies hivernales. Les armoires à pharmacie contiennent souvent quelques reliquats de la saison précédente ou du dernier rhume en date. Comme tout produit de consommation, les médicaments ont une date de péremption, une température optimale de conservation mais aussi une date au-delà de laquelle, après ouverture, l’intégrité de la substance active est altérée.

Voici donc un bref tableau récapitulatif du temps de conservation après ouverture et température des présentations pédiatriques des médicaments et des sirops les plus couramment utilisés.

 

Désignation

Température de conservation Modalité de conservation après ouverture (reconstitution)
Doliprane Suspension buvable Ne dépassant pas 30° 6 mois
Advil Suspension buvable Ne dépassant pas 25° 6 mois
Celestene Ne dépassant pas 25°C 3 mois
Hélicidine Ne dépassant pas 25°C 6 mois
Topléxil=Oxomémazine Ne dépassant pas 25°C 6 mois
Antibiotiques
Augmentin=Amoxicilline/Acide Clavulanique Ne dépassant pas 25° 7 jours entre 2°C et 8°C
Zinnat=Céfuroxime Ne dépassant pas 25°C 10 jours entre 2°C et 8°C
Orelox=Cefpodoxime Ne dépassant pas 25°C 10 jours entre 2°C et 8°C
Clamoxyl: Amoxicilline Ne dépassant pas 25°C 14 jours entre 2°C et 8°C
Oroken=Céfixime Ne dépassant pas 25°C 10 jours
Zithromax Ne dépassant pas 25°C 5 jours
Zeclar=Clarithromycine Ne dépassant pas 25°C 14 jours
Josacine Ne dépassant pas 25°C 7 jours

 

Quelques conseils pratiques :
– Notez la date d’ouverture sur le flacon
– Renseignez le nom de l’enfant à qui le médicament est destiné (surtout dans une fratrie ou plusieurs enfants suivent des traitements ou dosages différents)
– Nettoyez et séchez les pipettes ou cuillères après chaque usage
– Conservez les médicaments à l’abri de la lumière dans un endroit propre et sec
– Les médicaments ne doivent jamais être laissés à disposition des enfants
Après avoir procédé au tri qui s’imposait (peut-être) dans le stock de médicaments, rapportez vos médicaments périmés ou usagés dans votre pharmacie habituelle. L’association Cyclamed, agréée par les pouvoirs publics, a pour mission de collecter et de valoriser les Médicaments Non Utilisés (MNU) à usage humain, périmés ou non, rapportés par les patients dans les pharmacies. Elle a pour objectif de sécuriser l’élimination des Médicaments Non Utilisés, afin de préserver l’environnement et la santé publique.

https://www.cyclamed.org/pourquoi/quoi-rapporter

C. Coquerel, Pharmacien

« Les antibiotiques, c’est pas automatique ! »

Qui n’a pas entendu cette rengaine ressassée par l’Assurance Maladie depuis 16 ans maintenant ? Ce célèbre slogan scandé par les autorités de Santé depuis 2001 a-t-il porté ses fruits ? Quel enjeu se cache derrière la consommation toujours importante d’antibiotiques dans notre pays ?

Tout adulte qui s’est rendu dans un cabinet médical avec un passif de quelques très mauvaises journées et nuits, puis ressorti avec une ordonnance pour du paracétamol, des solutions pour lavage de nez et quelques spray ou pastilles, a dû se dire que son mal n’allait pas s’améliorer avec si peu. Malgré ses quelques efforts de persuasion, la panacée antibiotique ne lui a pas été prescrite.

Or, les antibiotiques (et il faut le rappeler dès à présent) n’agissent que sur les bactéries et non sur les virus. Quid de cette remarque, les antibiotiques seront donc complétement inefficaces sur une affection virale responsable dans la grande majorité des cas de rhumes, d’otites, de pharyngites, de gastro-entérites…

Au-delà même de justifier de ne pas prescrire d’antibiotique par un fameux « c’est viral. », se trouve un réel enjeu de santé publique ; le mésusage et la surconsommation d’antibiotiques au début des années 2000 a fait réagir les autorités publiques avec le spectre de l’émergence de bactéries résistantes.
Une petite explication s’impose : l’antibiotique s’attaque aux bactéries sans forcément faire de distinguo entre les pathogènes responsables de l’infection et les bactéries colonisant notre flore et vivant en symbiose avec notre organisme. En arrosant toute cette population diverse et par le jeu d’une loterie de génétique, quelques bactéries vont résister à l’antibiotique auquel elles sont soumis et continuer de se multiplier bien à l’abri du destin tragique auquel les destinait le précieux médicament. Ainsi, si cette même super-bactérie et ses filles se propagent, ce même antibiotique sera alors inefficace.

Ce phénomène dit d’antibiorésistance pourrait devenir l’une des principales causes de mortalité dans le monde en mettant en péril la capacité à pouvoir soigner des infections y compris les plus courantes. Ainsi chaque année en France, près de 12500 décès sont associés à une infection à bactérie résistante aux antibiotiques. (source ANSM).

La France était en 2015 le 4ème pays le plus consommateur d’antibiotiques en Europe. Malgré une diminution de sa consommation certainement liée à la campagne menée en 2001, celle-ci repart à la hausse depuis 10 ans même si elle reste à un niveau inférieur à celui observé au début des années 2000. Les recommandations appuyées auprès des médecins de prescrire moins d’antibiotiques à spectre large en privilégiant des moyens plus ciblés tendent à donner des résultats en médecine de ville.

A titre plus individuel, la prescription de votre médecin doit vous intimer confiance en son diagnostic. Il va de soi également qu’une prescription d’antibiotique pour vous-même ou votre enfant doit entrainer une parfaite observance de la durée totale et de la dose prescrite.

Toutefois, rappelons-nous qu’un bon rhume dure 7 jours et 7 nuits et qu’un traitement symptomatique, beaucoup de patience et quelques vitamines peuvent suffire.

Plante médicinale : La busserole

La busserole (Arctophylos uva-ursi), aussi nommée raisin d’ours, est un petit arbrisseau feuillu avec des rameaux tortueux de la famille des Éricacées. Ses fruits, en forme de grosses billes rouges comestibles, sont appréciées des ours. On la retrouve pour la première fois dans la littérature Galloise au moyen-âge (13e siècle) dans un ouvrage d’herboristerie.

1. Indications

On utilise traditionnellement le busserole comme diurétique et comme antiseptique dans les infections non compliquées des voies urinaires inférieures telles que les cystites, lors d’une inflammation modérées et lorsque qu’un traitement par antibiotique n’est pas nécessaire. Son action est due à la présence d’arbutoside qui se transforme d’hydroquinone possédant une action bactériostatique. Le busserole est également un excellent astringent avec la présence de tanins.

Elle est aussi employé dans la médecine populaire : comme diurétique, lors de calculs rénaux ou urinaires, stimuler les contractions utérines, lors de diabète ou encore de mauvaise vue.

2. Localisation

Le busserole rampe dans les sous bois de pins montagneux du Jura aux Pyrénées ainsi que dans tout l’hémisphère nord.

3. Mode d’administration et posologie

En infusion, on prendra 3g de plante dans 150ml d’eau chaude 3 ou 4 fois par jour au moment des repas.

En gélule, 2 gélules le matin et 2 gélules le midi au moment des repas avec un grand verre d’eau. La posologie peut être augmentée jusqu’à 5 gélules par jour. Chaque gélule est dosée à 350mg de feuille de busserole broyé.

Retrouver ici nos produits à base de busserole

 

5. Contre-indications & précautions d’emploi

  • Il est recommandé de boire beaucoup d’eau minérale bicarbonatée durant le traitement.
  • Si vous prenez ou avez pris récemment un autre médicament, y compris un médicament obtenu sans ordonnance, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien
  • Ce médicament est généralement déconseillé durant la grossesse et l’allaitement
    Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.

Retrouver ici nos produits à base de busserole

Dr Clément Bacle

Pharmacien passionné par la e-santé. Je suis convaincu que la santé doit désormais compter sur internet pour mieux servir les patients.

Références

European Medicines Agency (EMA) : http://www.ema.europa.eu/ema/index.jsp?curl=pages/medicines/landing/herbal_search.jsp

Plante médicinale : La valériane

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Connue depuis l’antiquité et déjà citée par Hippocrate ou Dioscoride, la valériane (Valériana officinalis) est appréciée pour ses vertus calmantes et relaxantes, notamment grâce à la présence de sesquiterpènes et d’iridoïdes auxquels on a attribué l’activité neurosédative.

1. Indications

On utilise les racines en cas d’anxiété légère ou en cas de troubles mineures du sommeil. Les racines que l’on utilise en thérapeutique, possèdent une odeur très marquée d’urine de chat, ce qui lui vaut son surnom populaire « d’herbe à chat ». Heureusement pour nous, une fois la racine broyée et encapsulée, l’odeur disparaît.

2. Localisation

La valériane est une plante herbacée vivace, poussant en Europe jusqu’en Asie dans les zones tempérées, humides et ombragées. Elle peut atteindre les 1 mètre de hauteur.

3. Mode d’administration

De part sa complexité et de la diversité de ses composés actifs, on utilise généralement des préparations pharmaceutiques à base de poudre de racines par voie orale.

Retrouver ici nos produits à base de valériane

4. Posologie

  • Chez adulte : 

2 gélules le soir au moment du repas et 2 gélules au coucher, avec un grand verre d’eau.
La posologie peut être portée à 5 gélules par jour si nécessaire.

  • Chez l’enfant de plus de 12 ans :

1 gélule le soir au moment du repas et 1 gélule au coucher, avec un grand verre d’eau.

On conseille une durée de traitement de 2 à 4 semaines.

5. Contre-indications

  • Son utilisation n’est pas recommandée en cas de grossesse ou d’allaitement.
  • Attention à des combinaisons avec d’autres molécules sédatives.
  • Peut altérer la capacité à conduire et à utiliser des machines.

Retrouver ici nos produits à base de valériane

Dr Clément Bacle

Pharmacien passionné par la e-santé. Je suis convaincu que la santé doit désormais compter sur internet pour mieux servir les patients.

Références

London, 26 October 2006 Doc. Ref. EMEA/HMPC/340719/2005

Le magnésium pourrait améliorer les symptômes de la dépression

Impliquer dans notre capacité à s’adapter aux situations stressantes, le magnésium aurait également un impact sur notre humeur et notamment dans la dépression.

C’est en tout cas ce qu’une équipe du Vermont a essayé de démontrer. Cette étude fut menée sur 126 adultes présentant des symptômes de dépression légères à modérées. Les participants ont été divisés en deux groupes. L’un prenant une supplémentation en magnésium, l’autre n’en prenant pas.

Comment s’est déroulée l’étude ?

Le groupe supplémenté en magnésium a pris 500mg de magnésium par voie orale tous les jours.

Suivi sur une période de 12 semaines, les participants furent contactés tous les 15 jours par téléphone afin d’évaluer l’évolution de leurs symptômes.

Les participants ont continué leur traitement anti-dépresseur normalement durant l’étude.

Les résultats

Une nette différence a été observée à partir de la deuxième semaine de traitement entre les deux groupes. Les symptômes de la dépression ont été mesurés via une échelle de mesure : Patient Health Questionnaire 9 (PHQ-9). Cette échelle est composée de 9 questions permettant de diagnostiquer et de classifier la dépression.

Les personnes supplémentées en magnésium ont obtenu un score en moyenne de 6 points inférieures à ceux sans supplémentation. Ce qui représente une différence significative.

Un problème de méthodologie

Cette étude ne permet pas de conclure avec certitude de l’effet du magnésium sur la dépression. Pourquoi ? L’étude n’a pas été menée en double aveugle. Les deux groupes de participants savaient si ils prenaient ou non du magnésium.

Il y a donc un risque que l’effet observé chez les patients supplémentés en magnésium soit du à l’effet placebo.

Que ce bénéfice soit engendré par l’effet placebo ou par le magnésium, il y a tout de même un effet bénéfique à la clé. Avec des effets indésirables limités et un bienfait suspecté, le magnésium semble être un traitement de choix en complémentarité d’un traitement spécifique et d’une thérapie psychologique.

Dr Clément Bacle

La Codéine. Communiqué.

Bonjour à vous tous et toutes.

 

Si vous avez suivi les actualités, au-delà des législatives, vous avez sans doute entendu parler de cette histoire autour de la codéine, notamment de son mésusage auprès des jeunes populations.

 

En effet, en fin de semaine dernière, a été médiatisé le cas de Pauline, jeune fille de 16 ans, décédée en mai, suite à une overdose de codéine. Sa mère s’est exprimée sur ce point dans plusieurs médias pour porter sur le devant de la scène une pétition sur le site change.org. Pétition dans laquelle elle souhaite la suppression de la vente libre des médicaments qui, tels que la codéine, sont souvent détournés de leur usage premier à des fins récréatives.

De son côté l’ANSM assure avoir pris ces derniers développements en compte et a lancé des recherches pour savoir quelle serait la meilleure marche à suivre.

Il est un peu tôt pour se prononcer sur ce qu’il adviendra du statut de la codéine à l’heure actuelle. Mais ce qui est certain, c’est que nous, pharmaciens et pharmaciennes, avons un rôle à primordial à jouer dans ce genre de situation. En effet, c’est par nos mains et celles de nos préparateurs et préparatrices que les médicaments sont remis aux patients. Aussi c’est notre vigilance, notre droiture, notre jugement, et les décisions que nous prenons qui assurent la bonne délivrance et le bon usage des médicaments.

 

Quelques rappels qui concernent de manière générale tous les pharmaciens et la codéine.

Il faut savoir déjà, qu’un pharmacien à le droit, voir même pourrait-on dire le devoir, de ne pas délivrer un produit s’il juge que ce produit pourrait avoir des conséquences sanitaires néfastes. Le pharmacien est un des garants de la santé, encore plus quand il s’agit de produits conseillés ou hors ordonnances. Une suspicion de mésusage est un de ces cas. Le pharmacien est un professionnel de santé, et pas un « épicier ».

En ce qui concerne la codéine. Il s’agit d’un antidouleur, un dérivé de l’opium, tout comme la très célèbre morphine. Il est classé comme un antalgique de pallier 2, c’est-à-dire qu’il est utilisé pour les douleurs qui résistent aux antalgiques de pallier 1 (le paracétamol, l’aspirine ou l’ibuprofène). Il est fréquemment associé à l’un d’entre eux, le plus souvent le paracétamol. Seul il est aussi utilisé comme antitussif dans le cas de toux sèches. En elle-même, la codéine est une molécule à l’action connue et reconnue.

Le point qui fait énormément débat ici, porte sur sa vente libre (c’est-à-dire sans ordonnance).

A noter que « ventre libre » ne signifie pas pour autant que l’on devrait pouvoir s’en procurer des kilos sans problème. En effet la codéine est sur une liste de molécules dont la délivrance hors ordonnance est encadrée. Il s’agit de l’« Arrêté du 22 février 1990 portant exonération à la réglementation des substances vénéneuses destinées à la médecine humaine », arrêté relié au Code de la Santé Publique. Il définit pour plusieurs substances les quantités maximales que l’on a le droit de délivrer hors ordonnance. Et compte tenu des doses qui sont définies pour la codéine, cela fait qu’un pharmacien n’est pas autorisé à délivrer plus d’UNE boîte de produits codéinés quelle qu’en soit sa forme. Les formulations des produits avec de la codéine sont telles que la quantité cumulée de codéine de deux conditionnements, quels qu’ils soient, dépassent la dose d’exonération.

Pour faire très simplement, délivrer deux boîtes de produits codéinés en vente libre à une personne est illégal.

Ce texte sur les doses d’exonération est malheureusement ignoré par certaines pharmacies. Cela peut-être sciemment (et dans ce cas c’est extrêmement grave), mais cela peut aussi être de bonne foi : des pharmaciens ou préparateurs, ne sachant pas ou plus que ce texte existe délivrent sans s’en rendre compte des quantités illégales. Ce qui doit être la situation la plus fréquente. L’application stricte de ce texte reste tout de même quelque chose de très complexe, et malheureusement les choses ne sont pas aussi simples que le « une boite maximum » de codéine.

 

En ce qui concerne notre site internet maintenant.

Nous avons conscience que compte tenu de notre format, nous pouvons facilement passer pour des « méchants » dans cette histoire. En effet, nous sommes entièrement en ligne, et donc il n’y a pas la relation pharmacien/patient comme au comptoir. D’autant plus nous sommes très souvent moins chers que les simples pharmacies de quartier. Le combo apparent de nos prix bas et de la facilité/anonymat pourrait en effet nous faire très mal voir dans cette histoire.

Mais si je puis vous assurer d’une chose, c’est que dans la manière nous avons de traiter les commandes, nous faisons tout pour limiter les abus.

Dans un premier temps, sachez que pour toute commande contenant au moins un médicament une vérification manuelle est engagée. Cette vérification et menée par moi-même ou bien un préparateur formé spécifiquement à cette tâche. Nous sommes spécifiquement vigilants sur les produits qui sont passés en trop grande quantité, mais aussi sur des associations qui dénotent d’un mauvais usage des produits. Une fois ces commandes bloquées, nous contactons la personne qui a passé la commande pour avoir des explications. Et si nous jugeons ces dernières non convaincantes, nous annulons ladite commande.

Par exemple l’an dernier, il y a eu l’affaire dite du « Purple Drank », un cocktail de médicaments (entre autre de la codéine) qui était utilisé à visée récréative. Ayant vu l’arrivée de cette tendance dans différentes actualités, nous avons durci nos contrôles avant même que l’ANSM n’émettent ses recommandations. Nous continuons aujourd’hui encore de déceler et de bloquer ce type de commande.

Nous avons d’autre moyens pour déceler si des commandes ont un caractère abusif, détourné, ou frauduleux, mais comprenez que pour rester le plus efficace possible, nous n’allons pas tout exposer dans ce communiqué.

Sachez néanmoins que nous faisons tout notre possible pour être les plus exemplaires possibles dans l’exercice de notre métier. La pharmacie en ligne est un domaine nouveau qui est encore en train d’améliorer son concept chaque jour. Tout n’est pas encore parfait, mais nous travaillons à améliorer notre outil de travail pour pouvoir satisfaire toutes les demandes dans les meilleures conditions possibles. Et je tiens à remercier les quelques patients consciencieux que nous avons, qui nous font remonter des défauts qu’ils trouvent, dans le but de nous améliorer.

Malheureusement, comme pour le comptoir, il y aura toujours des personnes plus malines ou retorses que les autres qui arriveront à passer outre nos contrôles. Sans compter les choses sur lesquelles nous n’avons pas forcément prise, comme le fait de multiplier les pharmacies pour multiplier les boîtes.

Ce qui est dommage dans cette histoire, bien que cela passe loin après la douleur de ceux qui ont perdu quelqu’un à cause de cette mode, c’est que cela risque de porter préjudice à d’autres personnes qui utilisent de manière correcte de la codéine. Ce produit, ainsi que bien d’autres qui sont malheureusement détournés, aident de nombreuses personnes dans leur vie quotidienne.

En tant que pharmaciens, nous sommes dans une situation difficile. Est-ce que la codéine se verra retirée de la vente libre ? Encore trop tôt pour le dire. Est-ce que la vente de codéine va rester telle quelle ? Peu probable, au vu de ce qui se passe. Est-ce que sa mise en vente va être durcie tout en restant disponible ? Compliqué de l’imaginer.

Même si cela ne règle pas tout, il faudrait déjà être certain que toutes les pharmacies délivrent la codéine comme il le faut au niveau des quantités, et avec une grande vigilance. Cela ne résoudrait sans doute pas entièrement le problème mais aiderait sans doute à limiter le phénomène.

 

Je prends les dernières lignes de ce communiqué pour m’exprimer à titre personnel.

Je tiens tout d’abord à exprimer toutes mes condoléances, ainsi que mon soutien et ma sympathie pour les différentes personnes qui ont eu à perdre quelqu’un suite à ce genre d’incident. Autant en tant que personne qu’en tant que pharmacien. Il est de notre devoir d’éviter que ce genre de situation se reproduise. Le risque zéro hélas n’existe pas, mais je veux croire que la majorité de la profession exerce son art de bonne manière. Et je veux aussi croire que ce genre de situation ne fera au final que renforcer les bonnes pratiques. Je ne souhaite pas que la codéine se retrouve à n’être disponible que sur ordonnance, pensant à toutes les personnes pour qui elle rend un service médical certain. Mais s’il s’agit de la manière la plus simple pour éviter ce genre d’abus, alors oui, je veux bien qu’elle le soit, comme la codéine reste une molécule qui est tout sauf anodine. Et bien que cela puisse paraître étrange, j’assume cette position, aussi ambivalente qu’elle puisse paraître. Jusqu’à ce qu’il soit officiellement décidé quelque chose, je veillerai à la vigilance dans les contrôles des commandes passées, voire à l’être encore plus si le besoin s’en faisait sentir.

Le temps que je rédige et poste ce billet, la pétition que j’évoquais au début a gagné plus d’un quart de soutiens, dépassant la barre les 1750. Et j’ai été étonné et agréablement surpris de voir dans les commentaires qu’un certain nombre de pharmaciens, présents et à venir avaient apporté le leur. Je comptais apporter le mien, et la présence de ces différents confrères me conforte dans cette idée.

Les médicaments ne sont pas des bonbons. Et ce n’est qu’une utilisation raisonnée et raisonnable qui permet de limiter les risques et de garantir leur bonne efficacité.

N’hésitez jamais à consulter votre pharmacien et à lui poser des questions. Nous sommes là pour ça, et ferons en sorte de vous fournir la meilleure réponse possible.

 

En vous souhaitant une bonne santé.

 

Clément LEMAIRE

Pharmacien Adjoint

Rattaché au site de vente en ligne LaSante.net

Accidents de la circulation : les pictogrammes sur les médicaments respectés ?

Entre 3 et 4 % des accidents routiers sont liés à la prise de médicaments. La liste des produits porteurs de ces pictogrammes va prochainement être revue et une campagne de sensibilisation va être mise en place. Mais y avez-vous déjà réellement porté attention ?

 

Qui sont-ils ?

Apparus en 2005 sur les boites de médicaments, ces pictogrammes ont pour but de vous avertir d’un éventuel danger en cas de conduite. Facilement reconnaissables, ils représentent une voiture dans un triangle jaune, orange ou rouge en fonction du niveau de risque.

Et des médicaments qui en portent, vous avez toutes les chances d’en avoir dans votre armoire à pharmacie ! Les plus évidents étant ceux ayant pour but d’endormir, mais d’autres peuvent également gêner de par leurs effets secondaires. Les plus connus étant les sirops pour la toux et l’ibuprofène, mais il est à noter également que certains médicaments considérés comme excitants peuvent faire baisser votre vigilance et donc vous faire encourir un risque d’accident.

 

Les trois niveaux

L’Afssaps a établi une classification des médicaments selon le niveau de risque sur la conduite :
pictogrammes-conduite

  • Niveau 1, jaune : « Soyez prudent, ne pas conduire sans avoir lu la notice »: Le risque est faible et dépend de la sensibilité du patient. La notice lui indiquera les cas où il devra s’abstenir de conduire.

La prise du médicament ne remet généralement pas en cause la conduite de véhicules, mais nécessite que le patient soit informé avant de prendre le volant afin qu’il reste vigilant quant à une manifestation éventuelle des effets signalés dans la notice.

  • Niveau 2, orange : « Soyez très prudent, ne pas conduire sans l’avis d’un professionnel de santé »: il y a là des risques avérés que vous puissiez être impactés par le médicament, que ce soit par un effet secondaire considéré comme fréquent et/ou assez impactant, ou bien par l’action normale du produit.

Il s’agit généralement de médicaments disponibles uniquement sur ordonnance. Seul le médecin prescripteur peut apprécier, selon l’état du patient et sa réponse au médicament, si la prise de celui-ci est compatible avec la conduite.

  • Niveau 3, rouge : « Attention, danger : ne pas conduire, pour la reprise de la conduite demandez l’avis d’un médecin »: là au moins c’est clair, les effets du médicament rendent la conduite automobile dangereuse.

L’action du médicament ne vous place pas en état de conduire de manière sécuritaire, ce sont des produits qui vous endorment ou vous affaiblissent notablement, ou encore des collyres qui brouillent votre vision de manière significative. Cet avertissement vaut également si votre profession implique la conduite d’appareils ou l’utilisation de machines.

 

Ces trois pictogrammes ne sont pas à prendre à la légère, à vous donc d’être vigilants pour éviter de vous mettre dans une situation à risque. Cependant, les effets de ces médicaments ne sont pas égaux chez tous les consommateurs. Le type de précautions à prendre dépend donc de chaque cas individuel.

La pilule du lendemain

Vous avez sans doute entendu parler sur le net de cette Sabine (nom d’emprunt) qui s’est faite recevoir par son pharmacien avec des phrases comme « elle a passé une bonne soirée » et qui lui explique qu’il « faudrait qu’elle arrête de se foutre à poil pour rien » en pleine officine et devant une clientèle où remarques et regards n’ont pas tardé à fuser, la jeune femme finissant par partir de la pharmacie en pleurs.

La contraception d’urgence ou pilule du lendemain est un sujet qui divise beaucoup de spécialistes de santé. Mais savez-vous réellement ce que c’est ? Seules 35% des femmes se disent bien informées à son sujet.

 

Comment ça marche ?

Accessible sans ordonnance en pharmacie, la pilule du lendemain agit sur les hormones qui entrent en jeu dans la reproduction. Elle a pour effet de bloquer la libération de l’ovule qui ne peut donc pas être normalement fécondé. Son efficacité est de l’ordre de 95% dans les premières 24h après l’acte non protégé, et tombe à 85% au bout de 72h, trois jours étant la limite maximale. Au-delà il existe des pilules dites du surlendemain, mais idéalement la contraception d’urgence est à prendre dans les 12h.

 

Effets indésirables ?

Principalement nausée, vomissements, douleurs abdominales, vertiges, fatigue, et maux de tête. Si un vomissement à lieu dans les 3h après la prise, il faut se procurer une nouvelle pilule. Ce produit jouant sur les hormones, des manifestations liées au cycle peuvent survenir : décalage des règles, des saignements en dehors des règles ou des tensions au niveau des seins.

 

Les idées reçues, le vrai du faux

Le pharmacien peut refuser de délivrer la pilule du lendemain.
FAUX. Un pharmacien ne peut refuser de délivrer la contraception d’urgence. Cette délivrance doit en plus être anonyme et doit s’accompagner de conseils sur la contraception en général. Le pharmacien peut refuser si, et seulement s’il sait que l’état de santé de la patiente ne le permet pas. De plus, sachez que la pilule du lendemain est gratuite pour les mineures.

La pilule du lendemain est dangereuse pour le cycle.
FAUX. La pilule du lendemain quoi qu’on en dise n’est pas toxique, n’entraîne pas de fausses couches et ne rend pas stérile ni ne met en péril de futures grossesses. Ces arguments sont souvent avancés par des pharmaciens qui ne souhaitent pas délivrer une contraception d’urgence. Le seul vrai risque est d’être confronté aux effets indésirables pouvant être assez impactant bien que transitoires.

– La pilule du lendemain est une méthode de contraception fiable.
FAUX, elle n’est pas une méthode de contraception. C’est le rôle des stérilets, dispositifs implantables, pilules contraceptives classiques, ou les préservatifs quand ils sont bien employés. La fonction de la pilule du lendemain est de parer à un oubli ou une situation à risque, mais elle ne doit en aucun cas se substituer à une contraception classique.

La Dépakine, nouveau scandale ?

La Dépakine vous en avez entendu parler ? Ce produit serait responsable de multiples décès et malformations chez des fœtus. S’agit-il d’un nouveau scandale semblable à celui du Médiator il y a quelques années ? Nos réponses.

 

Qu’est-ce que la Dépakine ?

La Dépakine est un nom de médicament dont le principe actif est le valproate de sodium (de la même manière, que Doliprane est un médicament et le paracétamol son principe actif). Comme son nom l’indique, c’est le principe actif qui, dans le médicament, est responsable de son action. Le cœur du scandale de la Dépakine serait donc le valproate de sodium.

Le valproate de sodium connu pour soigner les troubles bipolaires est avant tout utilisé dans le traitement de l’épilepsie. C’est un produit qui est ancien, connu et reconnu pour cette indication, avec un  taux d’efficacité proche de 100%. La Dépakine, son dérivé la Micropakine, ainsi que leurs génériques, sont presque tous produits par le laboratoire français Sanofi et sa filiale Zentiva.

Ce sont les médicaments leaders sur le marché de l’épilepsie : cette gamme couvre à elle seule 80% du marché, et la vente de Dépakine représente 1.2%  du chiffre d’affaire de Sanofi.

 

Le scandale

Entre 2007 et 2014, plus de 10 000 femmes enceintes se sont vues prescrire de la Dépakine pour traiter leur épilepsie, alors même que ses effets néfastes étaient connus à l’époque. On estime pour l’enfant :

– à 10% le risque de malformation

– à 40% le risque de retard de développement physique ou mental

A l’époque, les femmes s’étant fait prescrire ce médicament n’avaient pas été informées des risques qu’elles encourraient, bien que dès les années 1980 les risques de malformation étaient connus, et que dès 2000 on avait la certitude du fort risque de retard de développement chez l’enfant.

Il aura fallu attendre 2014 pour que la délivrance de ce produit soit encadrée, avec des règles bien précises pour les femmes enceintes ou en âge de procréer. En effet, aujourd’hui la prescription de ce médicament se fait par un spécialiste qui, après avoir expliqué tous les effets néfastes de ce médicament, fait signer un consentement aux femmes.

Pourquoi cette lenteur ? Ce retard entre la découverte des effets potentiels et de la mise en œuvre de mesure de délivrances sécurisées ? Savoir qui est en cause, laboratoires, médecins, agence du médicament, politiques, sera du ressort des enquêtes qui ne manqueront pas de s’ouvrir.

Si on dénombre à l’heure actuelle près de 450 cas de malformations visibles à la naissance pour les femmes traitées au Dépakine, le nombre de « victimes du Dépakine » risque de fortement augmenter quand seront diagnostiqués les troubles du développement et les malformations non visibles à la naissance.

Mais une question se pose aussi. Pourquoi ne pas avoir arrêté de donner de la Dépakine à une femme enceinte ?

Parce que l’épilepsie est une atteinte grave dont les crises peuvent être mortelles pour la personne, mais également pour le fœtus. En effet, ce dernier peut être endommagé par les fortes contractions de l’abdomen lors des spasmes ou encore le manque temporaire d’oxygène que provoque une crise. Les crises à répétitions peuvent provoquer des morts intra-utérines, des malformations, ou bien encore des fausses couches.

Si la femme peut se passer d’antiépileptiques tant mieux, mais dans le cas contraire, il est nécessaire de mettre en place un traitement qui est efficace pour empêcher les crises, à la plus petite dose efficace possible. Et ce traitement, c’est la Dépakine.

 

Ce qui nous fait nous poser une question qui est souvent courante en médecine et en santé : entre deux risques différents, lequel choisir ?

La résistance aux antibiotiques, une menace grave

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a lancé un alerte pour mettre en garde la population contre la menace mondiale que représente la résistance aux antibiotiques. Cette dernière est qualifiée de « menace majeure pour la santé publique ». Les bactéries évoluent et mutent si rapidement que les antibiotiques deviennent inefficaces, rendant plus bien plus difficile le traitement de certaines infections. Ce problème majeur touche toutes les régions du monde, sans exception.

Certains antibiotiques ne peuvent désormais soigner qu’un patient sur 2

C’est le cas des fluoroquinolones, classe d’antibiotiques introduite dans les années 80 pour traiter notamment les infections urinaires causées par la bactérie Escherichia coli. Aujourd’hui, cet antibiotique est inefficace et ne fonctionne plus que 50% des patients. Il en est de même pour les carbapénèmes, antibiotiques utilisés pour lutter contre une bactérie intestinale responsable d’infections nosocomiales. Enfin, l’OMS rapporte également que la cause principale de l’échec du traitement de la gonorrhée et de la tuberculose est la résistance de l’organisme aux médicaments… Une accumulation de constats alarmants pour la santé publique.

Un usage abusif

Après avoir été massivement utilisés entre les années 50 et 80 dans un dynamique de découverte de nouveaux traitements permanents, l’utilisation excessive d’antibiotiques a ensuite été pointée du doigt. On pensait à l’époque que cette résistance pourrait être palliée par la découverte de nouvelles thérapies. Le constat aujourd’hui ? Le rythme de développement des médicaments s’est ralenti. Parallèlement, les bactéries n’ont pas cessé d’évoluer pour lutter contre les antibiotiques et beaucoup d’entre elles sont devenues résistantes. Il existe donc des infections difficilement traitables puisque les antibiotiques sont devenus inefficaces et qu’il n’existe pas de traitement alternatif.

Il ne s’agit donc plus de spéculations mais bien d’une menace existante… L’OMS appelle à une plus forte régulation de l’usage des antibiotiques ainsi qu’à la mobilisation des professionnels de santé pour réussir à lutter contre la crise sanitaire géante vers laquelle nous nous dirigeons.