La pilule du lendemain

Vous avez sans doute entendu parler sur le net de cette Sabine (nom d’emprunt) qui s’est faite recevoir par son pharmacien avec des phrases comme « elle a passé une bonne soirée » et qui lui explique qu’il « faudrait qu’elle arrête de se foutre à poil pour rien » en pleine officine et devant une clientèle où remarques et regards n’ont pas tardé à fuser, la jeune femme finissant par partir de la pharmacie en pleurs.

La contraception d’urgence ou pilule du lendemain est un sujet qui divise beaucoup de spécialistes de santé. Mais savez-vous réellement ce que c’est ? Seules 35% des femmes se disent bien informées à son sujet.

 

Comment ça marche ?

Accessible sans ordonnance en pharmacie, la pilule du lendemain agit sur les hormones qui entrent en jeu dans la reproduction. Elle a pour effet de bloquer la libération de l’ovule qui ne peut donc pas être normalement fécondé. Son efficacité est de l’ordre de 95% dans les premières 24h après l’acte non protégé, et tombe à 85% au bout de 72h, trois jours étant la limite maximale. Au-delà il existe des pilules dites du surlendemain, mais idéalement la contraception d’urgence est à prendre dans les 12h.

 

Effets indésirables ?

Principalement nausée, vomissements, douleurs abdominales, vertiges, fatigue, et maux de tête. Si un vomissement à lieu dans les 3h après la prise, il faut se procurer une nouvelle pilule. Ce produit jouant sur les hormones, des manifestations liées au cycle peuvent survenir : décalage des règles, des saignements en dehors des règles ou des tensions au niveau des seins.

 

Les idées reçues, le vrai du faux

- Le pharmacien peut refuser de délivrer la pilule du lendemain.
FAUX. Un pharmacien ne peut refuser de délivrer la contraception d’urgence. Cette délivrance doit en plus être anonyme et doit s’accompagner de conseils sur la contraception en général. Le pharmacien peut refuser si, et seulement s’il sait que l’état de santé de la patiente ne le permet pas. De plus, sachez que la pilule du lendemain est gratuite pour les mineures.

- La pilule du lendemain est dangereuse pour le cycle.
FAUX. La pilule du lendemain quoi qu’on en dise n’est pas toxique, n’entraîne pas de fausses couches et ne rend pas stérile ni ne met en péril de futures grossesses. Ces arguments sont souvent avancés par des pharmaciens qui ne souhaitent pas délivrer une contraception d’urgence. Le seul vrai risque est d’être confronté aux effets indésirables pouvant être assez impactant bien que transitoires.

- La pilule du lendemain est une méthode de contraception fiable.
FAUX, elle n’est pas une méthode de contraception. C’est le rôle des stérilets, dispositifs implantables, pilules contraceptives classiques, ou les préservatifs quand ils sont bien employés. La fonction de la pilule du lendemain est de parer à un oubli ou une situation à risque, mais elle ne doit en aucun cas se substituer à une contraception classique.

La Dépakine, nouveau scandale ?

La Dépakine vous en avez entendu parler ? Ce produit serait responsable de multiples décès et malformations chez des fœtus. S’agit-il d’un nouveau scandale semblable à celui du Médiator il y a quelques années ? Nos réponses.

 

Qu’est-ce que la Dépakine ?

La Dépakine est un nom de médicament dont le principe actif est le valproate de sodium (de la même manière, que Doliprane est un médicament et le paracétamol son principe actif). Comme son nom l’indique, c’est le principe actif qui, dans le médicament, est responsable de son action. Le cœur du scandale de la Dépakine serait donc le valproate de sodium.

Le valproate de sodium connu pour soigner les troubles bipolaires est avant tout utilisé dans le traitement de l’épilepsie. C’est un produit qui est ancien, connu et reconnu pour cette indication, avec un  taux d’efficacité proche de 100%. La Dépakine, son dérivé la Micropakine, ainsi que leurs génériques, sont presque tous produits par le laboratoire français Sanofi et sa filiale Zentiva.

Ce sont les médicaments leaders sur le marché de l’épilepsie : cette gamme couvre à elle seule 80% du marché, et la vente de Dépakine représente 1.2%  du chiffre d’affaire de Sanofi.

 

Le scandale

Entre 2007 et 2014, plus de 10 000 femmes enceintes se sont vues prescrire de la Dépakine pour traiter leur épilepsie, alors même que ses effets néfastes étaient connus à l’époque. On estime pour l’enfant :

- à 10% le risque de malformation

- à 40% le risque de retard de développement physique ou mental

A l’époque, les femmes s’étant fait prescrire ce médicament n’avaient pas été informées des risques qu’elles encourraient, bien que dès les années 1980 les risques de malformation étaient connus, et que dès 2000 on avait la certitude du fort risque de retard de développement chez l’enfant.

Il aura fallu attendre 2014 pour que la délivrance de ce produit soit encadrée, avec des règles bien précises pour les femmes enceintes ou en âge de procréer. En effet, aujourd’hui la prescription de ce médicament se fait par un spécialiste qui, après avoir expliqué tous les effets néfastes de ce médicament, fait signer un consentement aux femmes.

Pourquoi cette lenteur ? Ce retard entre la découverte des effets potentiels et de la mise en œuvre de mesure de délivrances sécurisées ? Savoir qui est en cause, laboratoires, médecins, agence du médicament, politiques, sera du ressort des enquêtes qui ne manqueront pas de s’ouvrir.

Si on dénombre à l’heure actuelle près de 450 cas de malformations visibles à la naissance pour les femmes traitées au Dépakine, le nombre de « victimes du Dépakine » risque de fortement augmenter quand seront diagnostiqués les troubles du développement et les malformations non visibles à la naissance.

Mais une question se pose aussi. Pourquoi ne pas avoir arrêté de donner de la Dépakine à une femme enceinte ?

Parce que l’épilepsie est une atteinte grave dont les crises peuvent être mortelles pour la personne, mais également pour le fœtus. En effet, ce dernier peut être endommagé par les fortes contractions de l’abdomen lors des spasmes ou encore le manque temporaire d’oxygène que provoque une crise. Les crises à répétitions peuvent provoquer des morts intra-utérines, des malformations, ou bien encore des fausses couches.

Si la femme peut se passer d’antiépileptiques tant mieux, mais dans le cas contraire, il est nécessaire de mettre en place un traitement qui est efficace pour empêcher les crises, à la plus petite dose efficace possible. Et ce traitement, c’est la Dépakine.

 

Ce qui nous fait nous poser une question qui est souvent courante en médecine et en santé : entre deux risques différents, lequel choisir ?